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L'impossible n'est que le possible de l'avenir... Catégorie : Blog Journal intime Date de création :
04.05.2007 Dernière mise à jour :
14.02.2008
Souffle le vent, vive le vent d’hiver
La feuille de platane entre dans la danse
Avec ses copines, elle virevolte en transe
Visitant le monde avant de sombrer en enfer
Partir voyager était son rêve le plus utopique
Elle avait attendu si longtemps la liberté
Qu’un zéphyr clément vienne la libérer
Et c’est un blizzard qui entendit sa supplique
Il l’enleva dans un tourbillon enivrant
Lui fit découvrir les toits du monde
Mais la fugue mortelle termina sa ronde
Lorsqu’elle rencontra un ciel menaçant
Celui-ci la plaqua violemment à terre
La traînant dans la boue des ornières
Elle glissa dans une fange gluante
Elle faillit se noyer suffocante
Elle vit avec horreur ses amies
Les feuilles mortes en tas jaunis
Happées par un souffleur de feuilles
Qui les enferma dans un cercueil
Elle échappa de justesse à l’agresseur
Lorsqu’un râteau la prit dans ses dents
Et la fit basculer dans un composteur
Une fosse commune pour agonisants.
Sur son cheval, au grand galop notre shérif
Distribue, colle ou placarde des affiches
Contre ces bandits masqués et ces fugitifs
Recherchés et réclamés « mort ou vif »
Vous êtes sollicités cow-boy, devenez
Chasseur de primes comme Patt Garett
Pour traquer les as de la gâchette
Ces trafiquants ou même meurtriers !
Ceux qui sévissent du côté civilisé
Et qui trouvent refuge de l’autre côté
Partons à la conquête de Villiers-le-Bel
Ce Far West, capturer certains criminels
Ces derniers portent le pistolet à la ceinture
Bas sous la hanche, saisissent leur arme rapidement
Tirent et rengainent d’un seul geste en faisant
Tourner le revolver autour de l’index comme un dur
Mais nous ne sommes pas dans un Western
Nous ne jouons pas le rôle de John Wayne
Dans ces banlieues réputées pour son banditisme galopant
Même si la récompense dépasse son entendement…
C’est irrévocable pour les humains
Les enfants ne naîtront plus demain
Les jeunes couples seront devenus stériles
Des séniors sexagénaires investiront les villes
Nul nourrissons dans les maternités
Les classes seront vides d’écoliers
Plus d’adolescents dans les lycées
Plus d’étudiants dans les facultés
En jachère deviendra la campagne
Sauvage redeviendra la montagne
Les PME tomberont en désuétudes
Travailler ils n’auront plus l’habitude
Imaginez une population de cheveux blancs
Où la Sécu n’existera plus depuis longtemps
Dans des maisons de retraites sans personnel
C’est ce qui nous attend et se sera plutôt mortel.
« Beaucoup trop payé pour ce que je fais, mais pas assez pour ce que je m’emmerde » citation de Daniel Pennac.
Voilà deux mois que Sénior est parti et s’occupe de ses chambres.
Moi, petit mythologue devenu grand, mon rêve c’est d’élever des chèvres sur le plateau du Larzac, de faire cuire mon pain dans un four à pain réhabilité et de rénover un hameau en ruine. Si je coupe la poire en deux, il me reste quoi ?
Ma femme me tanne pour faire une piscine avec terrasse, cuisine d’été et tout le tintouin…
J’appuis sur la touche F4-Pause.
Je prends du recule en observant l’aquarium bourdonné, le gang des chemises ruché, les mythologues butinés. « Le travail est l’opium du peuple et je ne veux pas mourir drogué avait dit Boris Vian ».
J’appelle mon banquier. Je tombe sur une charmante dame qui m’apprend la nouvelle : « Vous n’êtes pas au courant, Monsieur votre banquier a démissionné maintenant il est propriétaire du camping Beau Rêve sur la côte sauvage ! ».
C’en est trop, je déprime à mort. Le sort s’acharne sur ma peau, le navire coule, Sénior était le moteur, mon banquier le gouvernail, moi une coque de noix.
Zeus sort de son bunker et s’avance vers moi les bras en l’air, le visage décomposé, la mine patibulaire. Nous sommes audité la semaine prochaine.
Le ciel me tombe sur la tête. « Si le travail c’est la santé, ben je préfère encore être malade ».
Un mythologue m’interpelle : « Je reviens du Point Q et il n’y a plus de papier rose à 3 feuilles ! »
Je ne suis pas Madame Pipi, appelez-moi simplement Môsieur Q. Je lui demande d’un ton courtois : « Tu parles du formulaire DCO-05-1 ou du DTI-02 version 1.0 ? » « J’en sais rien ! c’est toi le COQ ! »
J’enfile mon costume trois pièces, C. O. Q., et à cet instant je ne suis pas Agénor, le gentil coq en or bien que dans la basse-cour du Mont Olympe, je me sens entouré de bêtes à manger du foin et de bêtes à cornes. J’ai l’âne en face de moi, le bœuf qui fulmine dans son bureau, le bouc bouffe la moquette, les canards sont dans la mare, le jars coure après le paon qui fait la roue, l’autruche a encore la tête dans le sable.
Dans le poulailler, Zeus cherche désespérément la poule aux œufs d’or. Les moutons dociles suivent l’étoile du berger. Au loin j’aperçois les rois mages qui berce le petit Jésus en culotte de velours et prêt de moi la sainte, Marie-Pénélope, priez pour moi !
Je suis Monsieur Qualité, coordinateur qui comme son nom l’indique coordonne la mise à feu orbital de l’audit pour la certification aux normes ISO de qualité, de qualité, de qualité [ça c’est le cocorico de l’écho].
Ne lui racontez pas des salades
Vos discours la rendent malade
Arrêtez de la rouler dans la farine
C’est elle qui fait la cuisine
Parlons du cabas de la ménagère
Il est vide comme son frigidaire
Produit light beaucoup trop cher
C’est de la publicité mensongère
Elle aimerait bien une magique citrouille
Elle en a marre de faire cuire des nouilles
Elle peut changer, faire des pâtes ou du riz
Tant qu’on y est pourquoi pas des spaghettis
Vous lui prenez le chou, elle en a plein le râble
Essayez le bio et le rayon du commerce équitable
Mais vous ne comprenez rien, son frigo crie famine
Vous, le gratin ne la prenez pas pour une terrine
Comment ça c’est un panier percé
Que cette mégère ne sait pas gérer
Elle pleure mais c’est pas les oignons
Dorénavant, elle en a plein les rognons
La nuit est à eux, allumant la poudrière
La caste des Invisibles s’arme de courage
Et sort de l’ombre écumant de rage
Pour mettre le feu à cette vie précaire
Une douleur lancinante s’écoule de leurs veines
La perfusion dure depuis trop longtemps
Devenu chair à canon, vider de leur sang
Leurs esprits vengeurs s’emplissent de peine
Les zombies sortent de leurs dortoirs
Et à grands coups de lances flammes
Ils brûlent les plaies béantes de l’âme
Où la bile noire envahit leurs désespoirs
Mais un vaccin s’infiltre dans la place
Déclenchant ainsi un signal de haine
Où une cohorte actionne des sirènes
Pour mieux éradiquer le virus en marche
Un des micologues susnommé l’ancien, ne sort jamais sans son chien. Celui qui fait partie des murs, celui qui nous parle du bon temps, celui qui trimballe son clebs partout, dans sa voiture jusque chez les clients et, au bureau. Zeus tolère.
Comme chaque mercredi, réunion avec Zeus, Calculator, Hermès, le gang des chemises, les micologues itinérants dont l’ancien. Le brave toutou reste bien sagement dans le Dédale sur son coussin.
Le mercredi, c’est aussi le jour des enfants. Un mythologue du gang des casquettes a un problème de garde d’enfant. Pénélope installe le bambin dans l’aquarium avec surligneurs, feutres et feuilles de papier. Au bout d’une heure, le gamin s’ennuie et commence à explorer le Dédale.
Entre temps, Madame Cerbère s’arrête avec sa progéniture pour nous présenter le petit dernier. Pendant que les femmes papotent couches et biberons, les mômes s’éparpillent dans l’aquarium et le Dédale du Multibazar.
Des cris d’enfants et des aboiements montent jusqu’à l’étage où se trouve la salle de réunion. Zeus hausse les sourcils en nous demandant : « C’est quoi ce bordel ! ».
C’est l’aubaine. Nous sortons tête la première pour une récréation improvisée. Agglutinés sur le palier nous sommes scotchés par la vision de la scène qui se déroule sous nos yeux.
Nous voyons passer le toutou langue pendante tirant le fauteuil à roulette de Calculator où deux gamins assis sur le-dit fauteuil tiennent la laisse comme des cow-boys pendant que derrière une petite fille mime le galop d’un cheval et fait le cri des indiens.
Zeus hurle « C’est pas une cours d’école, ici, allez oust dehors !!! ».
Vendredi 17 heures. Ils sont tous là, ils sont venus. Pains surprises, petits fours, pétillant, jus de fruit sont disposés autour de la table de réunion. Sénior est à la fête, il est l’heureux gagnant. Zeus nous fait un discours sur ce loyal sujet en « sortie de carrière ». Pénélope verse une larme. Remise de la médaille du mérite. Les mythologues applaudissent. Effusion de sauts de bouchons, on trinque.
Mon verre à la main je félicite mon mentor, mon parrain, celui qui m’a adoubé et je lui dis « Eh maintenant ! vacances ? grasse mat ? repos bien mérité ?… »
Sénior me toise de sa hauteur et me targue d’un laïus digne d’un orateur grec « Mais t’as rien compris ! c’est maintenant que je vais bosser, Claudine, ma femme m’attend de pied ferme, je vais m’occuper des chambres. »
Je reste coi. Des chambres. Sénior est un proxénète qui a fait venir des filles de l’Est. Il a une maison close tenue par Madame Claudine, sa femme.
Je flotte dans l’apesanteur des bulles pétillantes lorsque j’entends : « Haute ». Sénior me regarde en répétant : « Chambres d’Hôtes ». L’atterrissage est rude et je reviens sur terre.
En fait, le rêve de Sénior était de voyager en camping car à travers le monde, sa femme a préféré la maison, le crédit, les enfants. Alors les enfants partis, ils ont coupé la poire en deux. Ils ont cassé le PEL et ont aménagé les chambres des enfants. « Ah ! et ça fonctionne ? » lui demandais-je.
Ils ont commencé avec deux chambres et maintenant ils sont rendus à cinq. « C’est du boulot mais le résultat est valorisant, je vois de tas de gens, une ouverture sur le monde, je voyage,… tiens la semaine dernière j’étais en Irlande, hier j’étais àMunich, ce week-end en Italie, demain la Chine… »
Je calcule rapidement le pécule supplémentaire qui se rajoutera à la retraite de Sénior. C’est du Stock-Option à long terme son histoire de chambres.
Je scanne vite fait mon patrimoine, j’analyse mes crédits, je fais des plans sur la comète, un seul souci : c’est ma femme qui ne va pas être d’accord !